Se libérer de son addiction et de sa dépendance pour de bon …

Après avoir visité à maintes reprises services d’urgences hospitaliers et centres de cures, après avoir réalisé dix tentatives de sevrage ambulatoire, après avoir comptabilisé près de 5000 réunions dans des centres d’alcooliques anonymes, le professeur dit s’être réveillé un beau jour sans aucune envie de boire le moindre verre de whisky, de gin ou de vodka tonic, sa boisson favorite pendant ses années les plus noires. Son besoin compulsif de consommer de l’alcool aurait disparu en prenant ce petit médicament prescrit pour le traitement de contractures musculaires.

Le mystère de l’addiction et de la dépendance

Il entreprend alors une campagne d’information auprès des médecins spécialistes en addiction, en alcoologie, psychiatrie… mais se heurte à l’incrédulité de la part de ses confrères.

En affirmant qu’il est possible que alcoolique effectue un sevrage de l’alcool en quelques semaines, Il rencontre un scepticisme général après tout bien logique. Mais pourquoi tous ces médecins refusent aussi catégoriquement la possibilité d’un traitement médicamenteux comme possible solution dans le combat de la maladie alcoolique? S’il a été définitivement admis qu’un sujet accroc au tabac est une sorte de toxicomane qui a souvent besoin de l’aide d’un patch ou autre substitut pour réduire sa sensation d’envie de fumer, l’alcoolique lui, n’aurait d’autre solution que la volonté pour mettre un terme à sa dépendance: « Quel pauvre type, il n’a aucune volonté. C’est sa faute, il n’a qu’à s’arrêter » .

Peut-être aurait-il été plus « pédagogique » d’avancer prudemment que le médicament est capable de devenir un allié précieux dans la quête d’une désintoxication alcoolique, même s’il est vrai que dans le domaine de l’alcoolisme les traitements chimiques se sont toujours révélés très peu efficaces. Oui mais voilà, et si cette fois était la bonne pour vaincre l’addiction à l’alcool ?

Il donne lui comme explication exagérément provocante que la filière des alcoologues, addictologues, centres cures… prendrait un sérieux coup derrière la tête si l’on venait à apprendre qu’une pilule est capable à elle seule de régler une bonne partie du problème de la maladie alcoolique, de la dépendance alcool.

Il n’est pas tout à fait le seul à affirmer que ce traitement peut aider tout alcoolique à décrocher de sa dépendance, à effectuer son sevrage de l’alcool. Il s’est même inspiré d’un essai clinique réalisé en Italie par pour se lancer dans une auto-médication prudente. Au cours de l’année 2000 l’étude avait porté sur un petit nombre d’individus alcooliques et le professeur de médecine à l’université catholique de Rome avait rendu la conclusion que  les propriétés anti-craving du médicament pouvaient offrir une solution possible dans le traitement de malades alcooliques.

Estimant se trouver dans une impasse, il décide alors en 2008 de se lancer dans une campagne de communication en commençant par publier son histoire à travers le livre Le dernier verre. Si cet ouvrage est tout de suite décrié par bon nombre de médecins et scientifiques, il se révèle être un espoir fabuleux pour les malades alcooliques qui voient là une ultime chance de se libérer de leur poison qu’est l’alcool, pour vaincre son alcolisme. Certains s’organisent, passent les frontières et vont chercher le médicament là où il est en vente libre, en Espagne par exemple. D’autres se fournissent en passant commande sur Internet.

Des médecins intrigués testent la molécule sur leurs patients les plus atteints et en quelques semaines à peine affirment voir se dessiner un effet bien réel. Plusieurs docteurs deviennent ainsi les premiers médecins prescripteurs ambassadeurs du traitement.

On estime aujourd’hui à plus de 1500 malades alcooliques en France traités avec succès (sources d’une enquête réalisée pour Le Nouvel Observateur).

Comment la magie opère-telle ? Les détracteurs parlent d’un effet anxiolytique, les plus farouches vont jusqu’à dénoncer un simple effet placebo. Quoiqu’il en soit, le phénomène médiatique s’amplifie et l’agence nationale de sécurité du médicament a fini par autoriser une grande étude clinique en avril 2012. Autant dire que les résultats seront observés à la loupe, dès qu’ils seront rendus publics.

Médecin et professeur en cardiologie, il découvre en 2004 qu’il est capable de supprimer la pulsion qui pousse l’alcoolique à boire sans pouvoir s’arrêter (craving).

Devant cette prodigieuse révélation, il tente d’alerter la communauté scientifique mais sans succès. Les raisons sont aussi diverses que classiques mais le cœur du problème est avant tout d’ordre financier. C’est un médicament tombé dans le domaine public et n’intéresse personne, encore moins les laboratoires pharmaceutiques qui auraient pu organiser une grande étude clinique afin de valider les affirmations du professeur.

Devant l’inertie de la part du monde de l’alcoologie et des addictologues en général, quatre ans plus tard, il publie un livre qui raconte sa vie, son parcours et surtout, comment il est arrivé à ce sevrage de l’alcool. Car si tel que le décrit son auteur, l’alcoolisme peut être vaincu grâce à cette petite molécule, c’est un pas de géant pour l’humanité qui vient d’être réalisé.

Titulaire du baccalauréat à 16 ans, reçu par Arthur Rubinstein pour ses talents de pianiste, médecin cardiologue reconnu et Chevalier de la Légion d’Honneur, sa vie bascule à New-York au milieu des années 90 en raison d’une anxiété chronique et de crises de panique incessantes:

Pendant des années, mon anxiété ressemblait à un bruit de fond dont je pouvais baisser le volume des jours, voire des semaines durant, sans jamais l’éteindre complètement. (…) au fil des ans, mon anxiété est devenue de plus en plus insistante si bien que je ne pouvais plus « régler le volume ».

Il se tourne vers l’alcool qu’il consomme avec excès, avant de partir à la recherche du remède contre l’alcoolisme… qu’il finit par trouver!

Le dernier verre s’avère être un livre tout à fait passionant et se dévore de la première à la dernière page. Il remet en cause le traitement de l’addiction et y décrit toute la complexité de la maladie alcoolique:

« Comme c’est triste il boit, il se détruit, l’alcoolisme, c’est de l’autodestruction »

Personne ne semblait comprendre que je n’avais aucune envie de me détruire. Je n’ai d’ailleurs jamais rencontré un alcoolique qui buvait réellement pour se détruire (…) Il faudrait être particulièrement stupide et masochiste pour utiliser l’alcool. Si j’avais vraiment eu envie de me détruire, je l’aurais fait vite et bien. L’alcool, c’était pour aller bien, pour aller mieux, pour panser des émotions à fleur de peau et une souffrance morale.

Alcool, abstinence et petits bonheurs culinaires

Posez cette question à n’importe quelle personne de votre entourage: « Est-il possible de vivre malheureux ? » la réponse sera toujours la même: « Non, une vie sans bonheur est impossible ».

La maman qui vient de mettre au monde une jolie petite Angelina, répondra à la question en pointant du doigt l’odorant et bruyant berceau. Le prêtre vous dira que l’amour de Dieu apporte tout le réconfort nécessaire à notre passage sur la terre. Ma belle-mère quant-à-elle, éprouve des sensations extrêmes en regardant les papillons virevolter dans son jardin.

Du plaisir à l’addiction : alcool et dépendance

A chacun son petit bonheur mais à priori, la sensation de plaisir semble être indispensable pour la plupart des individus.

Les normands qui comme d’habitude ne voudront pas prendre le risque d’afficher une opinion trop catégorique, vous diront que vivre malheureux doit bien être possible, mais certainement très difficile. Ils évoqueront probablement le risque de suicide, la dépression, la déprime chronique, la mélancolie, etc.

Quand on a entendu les raisons d’une mère éthiopienne qui vient de perdre son enfant, mort pour cause de malnutrition ou celles d’un riche texan à la tête d’une entreprise pétrolière dont les actions viennent de perdre quelques points en bourse, la définition du bonheur devient cependant toute relative.

Mais partant du constat que la notion de bonheur est essentielle à tout terrien normalement constitué, que la source du plaisir peut provenir de la vision d’un coucher de soleil ou de l’acquisition d’une Renault Laguna bronze métallisée, quelle est donc la fréquence acceptable de ces gentils petits moments d’allégresse ?

Là encore, l’être humain cultive la différence. Le type de piment, le dosage, la fréquence… les inégalités sont frappantes.

Cuisine et dépendance

Vous l’avez probablement déjà remarqué au cours du hors-d’œuvre d’un repas de mariage, la grande et svelte Caroline s’est régalée d’une toute petite portion de carottes râpées sans vinaigrette alors que son frère a vidé le plat de charcuterie d’un seul coup de fourchette. Benoît a un faible (le mot l’est) pour la cochonnaille.

Tante Marianne trépigne d’impatience depuis qu’elle a appris qu’un énorme gâteau au chocolat sera servi pour le dessert. Marianne fait partie de ces nombreux phénomènes pour qui l’absorption immodérée de cacao transformé ne fait jamais apparaître les signaux normaux de satiété. Pour cette catégorie de gourmands, l’envie de manger du chocolat progresse au fur et à mesure de sa consommation. Chez certaines personnes, le manque d’approvisionnement est parfois le seul rempart contre ce besoin compulsif.

On a pour habitude de définir celui qui ne peut contrôler sa consommation d’alcool, un alcoolique, il existe aussi dans le gros Larousse le terme « boulimique », mais le mot « chocolatique » (ou « cacaoïque ») n’existe pas (faut dire aussi que c’est moins joli), pourtant le processus est en certains points, identique.

Benoît a proposé à Tante Marianne un échange de 8 tranches de saucisson contre une part de gâteau au chocolat. Un contrat ferme a été signé par les deux parties sur la nappe en papier entre deux tâches de graisse. Et oui, pour certains, le bonheur est dans l’assiette.

Dehors, malgré la pluie et la fraîcheur du soir, une dizaine de personnes s’est entassée près du grand cendrier en terre cuite. Tous ces accros de la nicotine enfoncent mégot sur mégot dans le sable qui sera totalement asphyxié avant la fin de soirée. Les cigarettes les plus mal roulées seront retrouvées le lendemain matin tout au fond du parc. 

Jean-Pierre qui ne fume plus depuis belle-lurette est resté assis au milieu du grand U. Il s’ennuie à mourir mais ne le montre pas. Jean-Pierre fait semblant d’écouter sa voisine de table lui expliquer dans les moindres détails, comment elle a réussi à faire Paris-Marseille en moins de 3 jours avec son mari, son chien et son poisson rouge dans un camping-car acquis pour une somme ridicule, mais qu’il faudra tout de même rembourser pendant vingt ans!

Alcool, sex & fun

Près du bar, ça rigole, ça chante, ça fait beaucoup de bruit…

Ceux-là se sont à peine aperçus que tout le monde attend déjà le plat principal. Vanessa en est à son quatorzième apéro! A cet endroit, tout le monde s’amuse sous le regard inquiet des deux jeunes mariés qui commencent à se demander comment va se terminer le plus beau jour de leur vie.

Un homme à la cravate mal ajustée s’approche de Vanessa, lève son verre, éclate de rire et avale d’un trait un double whisky bien tassé. Autour du comptoir, un tonnerre de cris et d’applaudissements s’ensuivent, la femme grimpe difficilement sur une des petites tables puis devant les cent-cinquante convives éberlués, elle enlève sa petite culotte, la fait tournoyer dans les airs et la jette sur la tête du barman. Nouveaux applaudissements, nouveaux éclats de rire.

Sous les demandes insistantes de sa sœur, Gérard, le mari de Vanessa, se décide à se lever de table pour aller prévenir son épouse qu’elle va manquer le rôti de veau aux oignons !

En se resservant un grand verre d’eau plate, Jean-Pierre a compris que la soirée va basculer maintenant. Gérard à eu tort de quitter sa place. Le risque de déclencher une réaction de défense et provoquer la colère de sa femme sont les conséquences les plus probables. Vanessa une fois de plus et sans s’en rendre compte a franchi la limite, elle n’est pas en état d’accepter la critique. 

A contrecœur, le Dj se résigne à interrompre son dîner pour aller mettre la musique un peu plus fort, Jean-Jacques Goldman est le seul à pouvoir couvrir l’incident qui ne va pas tarder à avoir lieu.

Pas besoin de la version audio pour décoder la scène du fond de la grande salle des fêtes. Vanessa gesticule dans tous les sens, Gérard qui à le verbe maladroit se prend un verre de mousseux en pleine poire, le Dj augmente discrètement le volume des amplis.

La voisine de table de Jean-Pierre suffoque : « mais comment une si jolie femme peut-elle se mettre dans des états pareils« .

Jipé ne répond pas. Comment expliquer que de toute évidence Vanessa est malade et souffre de dépendance à l’alcool. Elle puise son plaisir dans le goût de cette drogue si délicieuse pour celui qui l’apprécie. A force d’ivresses répétées, son cerveau et son corps se sont accoutumés à une friandise dont ils ne peuvent plus se passer. Chaque matin, Vanessa a le sentiment douloureux que ce qu’elle a fait la veille est honteux, qu’elle a donné une terrible image d’elle-même… Vanessa culpabilise en permanence, peut-être même qu’elle se déteste, mais le besoin de retrouver le goût et l’euphorie est toujours plus fort. Vanessa s’est fait piéger par le produit et ne maîtrise plus la situation.

Gérard abdique et retourne s’asseoir à sa place enveloppé d’un nuage de compassion.

Alcool, addiction & abstinence

Quel gâchis pense Jean-Pierre, c’est vrai qu’elle est jolie Vanessa. Il se dit aussi que quinze ans auparavant, il aurait pu jouer le rôle de l’homme à la cravate de travers. A la différence près qu’il aurait anticipé l’arrivée du mari et aurait embarqué la nénette loin de l’assourdissante sono, des Village People et de Claude François. Tous deux auraient vidé plusieurs bouteilles d’une savoureuse boisson pétillante, ils auraient ri aux éclats toute la nuit, puis finalement auraient commis l’irréparable.

Mais le temps où Jean-Pierre vivait encore ces moments jouissifs a été classé aux rayon des archives de sa mémoire. C’était avant qu’on lui retire son permis de conduire, avant qu’il ne perde son emploi, avant que sa femme ne jette l’éponge, avant que le juge lui signifie qu’il n’avait plus le droit de voir ses enfants seul !

Débarrassez-vous de la dépendance et retrouvez la liberté intérieure

Aujourd’hui Jean-Pierre supporte son insipide voisine de table, ce n’est sûrement pas le bonheur mais c’est quand même moins pire. Seulement voilà, si cet homme réussit à tenir le coup tout le reste de sa vie, il faudra lui donner une médaille. On estime aux alentours de 80% le taux de rechute des malades devenus abstinents. Le chocolat et le saucisson font moins de dégâts mais quand il était ado, Jipé ne le savait pas encore. Et de toutes façon, même s’il avait eu conscience du danger, est-ce que cela aurait changé le cours de sa vie ? Jean-Pierre fait à jamais partie de ces millions de malades alcooliques, comprenez « dépendants à l’alcool« . L’alcoolisme n’est pas pas une tare mais une maladie… il est même tout à fait probable que Jean-Pierre soit né avec un déficit biologique. La malchance dès le départ.